Regard sur Karl Godeg


Karl Godeg, Sans titre, 1962, huile sur toile, 130 x 88 cm



Cette peinture dorée ne ressemble à rien. La poussière des caves et des greniers sur de vieux châssis à écrous, quand j’ai découvert Godeg, lui allait bien. Elle ajoutait à son apparence à la fois terreuse et lumineuse, à son mélange de terre noire aux connotations funèbres et de clarté jaune, dorée, chaude, vermeille comme un soleil d’église.

L’oeuvre m’a d’abord fait penser à l’affleurement des squelettes derrière les paysages rocheux de Zoran Music et à la peinture dorée de Yves Klein. Mais on est sur une autre voie. La terre noire s’illumine, soulevée par une lumière qui sort de la toile, l’ajoure, l’effrite et la distend, l’émiette et la pétrit.

Le profil d’un visage s’impose, sur un mode antique, bien au dessus de la signature dorée de l’artiste, relié par une grande tache lumineuse qui pourrait être un corps voyant.

L’artiste regarde devant lui au delà du tableau, vers la droite. D’autres suggestions anthropomorphiques attendent que notre imagination les finissent tandis que des lignes étranges, flux organiques, éclairs, écritures ésotériques, parcourent la toile de leur épaisseur sinueuse.

Cette oeuvre de 1962 est l’une des premières de la série des « goldbilder », de l’artiste. Godeg a parlé un peu de la forme, des techniques picturales qu’il a expérimentées, parfois complexes, sans rien dévoiler des secrets d’atelier. Mais du fond, d’un éventuel message, il n’a jamais rien dit.

La surveillance des nazis lui avait appris à être discret, l’incompréhension de ses contemporains, même de ceux qui l’ont défendu, a fait le reste. Il a appris à noyer ses meilleures peintures parmi des tableaux de petits bourgeois pour ses voisins.

Et pourtant cette oeuvre est riche d’un contenu métaphysique qui pousse loin la pensée sans apporter de réponse. Fred Deux l’a instantanément compris et ne s’est jamais séparé d’une autre peinture d’or qu’il nous a achetée.

Godeg fait-il allusion aux horreurs de l’histoire et à une possible rédemption? En tous cas, on sent la mort, celle de la terre où notre corps finira et celle de la tête qui fait le pendant du visage de l’artiste, et regarde de l’autre côté, au dessus d’un corps fantomatique.

Des traces nous sollicitent, pour sortir du chaos, de l’incompréhensible et, après un voyage dans la toile, c’est finalement la lumière qui reste dominante et apaisante. Un visage puissant, sur le haut du tableau, à l’emplacement d’un Dieu le Père, est transfiguré par l’or. Nous sommes à la fois dans le royaume des vivants et des morts. À chacun de rêver et de penser. Les explications définitives n’existent pas en peinture.

A.M.

© 2020 par Galerie Alain Margaron. Créé avec Wix.com 

5, rue du Perche 75003 Paris, France

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