Regard sur Jean Hélion


Jean Hélion, "Etude pour le grand Luxembourg", 1955, gouache sur kraft marouflé sur toile, 195 x 200 cm


D’emblée, cette peinture vous transporte dans une atmosphère harmonieuse, une scène de famille peut-être, un homme et une femme autour du journal déployé d’un lecteur, lumineux et nacré, un père et son fils charmés par un pot de fleurs qui donne vie à des feuilles mortes ; dans leur prolongement, le geste attentif d’un jardinier qui rassemble d’autres feuilles. Celui-ci est presque pariétal, en harmonie de couleurs avec la sculpture dont l’énergie contenue s’élève au dessus du cadrage. On participe à une vie de famille sereine, comme sans doute en rêvait Hélion, proche de ses enfants mais pris dans le naufrage de sa vie de couple avec Pegeen. Cette belle journée d’automne est légèrement voilée, avec un bout de ciel bleu où chante comme des oiseaux sur un fil le haut des grilles du jardin. Le camaïeu des couleurs du mur sourd de la teinte du Kraft. La musique répond aux fleurs. Hélion est alors, depuis quelques années, en pleine période figurative, jusqu’au trompe-l’œil, pour chercher la vérité au plus près du réel, jusqu’aux formes abstraites imaginées par la nature. Mais il veut aller plus loin, ce qui justifie doublement le titre d’étude, pour cette oeuvre faussement inachevée, comme plusieurs autres importantes qu’il réalisera ensuite. Étude pour le grand Luxembourg annonce un nouveau chemin mais elle est passée d’autant plus inaperçue qu’il l’a peinte à un moment où il avait arrêté son journal. Aucun commentaire de sa part donc, sauf qu’en 1955, il voulait « résoudre le conflit de la monumentalité et de la vivacité ». Et c’est, sans doute, l’oeuvre dans laquelle il le réussit le mieux. Elle constitue aussi, comme souvent chez Hélion, une réflexion sur la création artistique. La vivacité des touches, d’une peinture qui dégouline encore, montre l’importance du geste. Les coups de pinceau ne disparaissent pas sous le fini des personnages mais les enveloppent, saisissent quand on le regarde de près tout le tableau dans le même rythme. Parfois, « less is more ». Les visages jusqu’alors précis ou masqués sont effacés pour mieux saisir les attitudes, le sentiment qui relie des personnes qui vibrent à l’unisson. L’atmosphère est recueillie, sans mélancolie. L’oeuvre anticipe de quelques années le Hélion qui va suivre, celle du Rocher de Port Coton, de Gerbe d’avoine de 1959 ( cf. Hélion par H.C. Cousseau, ed. Alain Margaron), de Terre Labourée (Musée d’art moderne de la Ville de Paris), puis de nombreuses œuvres autour de 1965. Le tracé du parcours horizontal qui relie les personnes se retrouve dans Les Sardiniers. L’ode de la vie de Hélion est aussi un ode à la peinture et à sa remise en cause permanente. A.M.



Jean Hélion, "Gerbe d'avoine", 1959, huile sur toile, 33 x 41 cm

© 2020 par Galerie Alain Margaron. Créé avec Wix.com 

5, rue du Perche 75003 Paris, France

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