Regard sur Jean Hélion


Jean Hélion, Sans titre, 1971, gouache et aquarelle sur papier, 58 x 38 cm


Dans un pot de terre très ordinaire, une belle plante verte d’intérieur, à la silhouette qui ne nous semble pas inconnue, se déploie sur toute la surface de la feuille. Dans ses carnets de l’époque, Jean Hélion écrit : « La multitude des formes et des mouvements qui composent le tableau s’additionne simplement pour donner l’impression qu’elles sont jaillies d’un seul trait de la brosse ». Il considère que le rythme est la structure même de tout tableau. Dans ce dessin, les branches semblent jaillir de leur pot de terre. En forme de palme, elles allient le bout triangulaire de leurs feuilles aux lignes courbes et douces des tiges qui se tendent vers le ciel. Cette danse des formes donne à la plante son aspect rieur. Seule la branche sèche, expression de la bonne croissance de la plante, pointe vers le bas du dessin. Le rythme de la vie fait corps avec celui des formes jusqu’à « faire du sens et approfondir la révélation » de l’expression du vivant. Mais pour « dessiner… l’objet et le rythme qui lie le mouvement à l’ensemble», Hélion a besoin d’un deuxième élément : la couleur qui « soulève le rythme pour … donner naissance aux formes dans la construction de l’image ». Hélion semble ne peindre que la lumière qui se reflète sur le feuillage. Il utilise une mosaïque de couleurs allant du noir pour les parties les plus sombres au jaune pour les plus éclairées en passant par le bleu et le vert pour les ombragées. Par juxtaposition, Il s’en déduit toute une gamme en demi et quart de teinte uniquement exprimable par illusion d’optique. Tout autour de ce chatoiement, Hélion crée une « écorce d’espace ». Seule la couleur du papier sert de fond. En opposition avec la complexité du coloris de la plante, ce vide apporte un effet de profondeur au dessin et de volume à la plante. Ajourant les feuilles, il semble, par la légèreté et le souffle qui en émane, les mettre en mouvement. Le pot de terre, simplement esquissé et de couleur brune, semble lui aussi apporter un contrepoids à la verdure. La gouache est ici aquarellée et notre regard se laisse emporter par l’élévation des branches vers le haut du dessin. « C’est ainsi que mes figures résonnent dans l’espace entier de la toile .... Ma peinture est bonne quand, les figures ayant proposé un rythme, celui-ci les envahit, les remodèle et même les recrée. Il n’y a plus de description. Il y a naissance de formes nées du rythme et des figures nées de ces formes. C’est ça un Hélion. »* N.B. Les citations sont extraites du « Journal d’un peintre » de Jean Hélion, 1971, Maeght Éditeur.

© 2020 par Galerie Alain Margaron. Créé avec Wix.com 

5, rue du Perche 75003 Paris, France

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