1
English

Galerie Alain Margaron 5, rue du Perché 75003 Paris

Vous êtes ici : Accueil > Exposition en cours

Retour

Karl Godeg 1957 - 1965

Alain Margaron

est heureux de vous inviter au vernissage de notre prochaine exposition

Karl Godeg

" 1957 - 1963 "

Le jeudi  10 mai 2012 de 18 h à 22 heures

Exposition jusqu'au 16 juin 2012

 

 

Parution d'un catalogue à l'occasion de cette exposition.

(Préface - Jean-Jacques Aillagon)

 

 

D'emblée, les toiles de Godeg que j'ai découvertes par hasard en 1999 dans un dépôt-vente berlinois, alors que je ne connaissais même pas le nom de l'artiste, m'ont attiré profondément, sans que je sache pourquoi. Les conditions dans lesquelles je les voyais n'avaient rien de flatteuses: lumière crue des tubes de néon, poussière sur les toiles accrochées depuis longtemps sur le haut des cimaises, improbables châssis à écrou gondolés. Alors que les grandes peintures dorées que j'avais sous les yeux avaient besoin de clarté, c'est leur coté sombre, gris-noir qui prévalait. Et pourtant j'étais mystérieusement attiré, je devinais toute leur lumière, leur éclat sourd; d'autres couleurs, précieuses comme de très belles gemmes, apparaissaient.

Je me sentais à l'orée d'un nouveau chemin, méditatif, vers une mystérieuse beauté, intérieure et sacrée, quelque chose de nouveau qui ne demandait qu'à poindre, des pistes insoupçonnées... Certes, le doré avait déjà été utilisé en peinture, par les peintres de retable, par Fran Angelico, et plus récemment par Yves Klein, Fred Deux. Mais là il s'agissait d'autre chose, de la flamme incertaine d'une bougie dans une grotte humide et sombre avant que n'apparaissent de magnifiques peintures.

C'était peut-être, en fait, les meilleures conditions pour découvrir Godeg, comprendre le long cheminement d'un artiste né dans un milieu artistique et cultivé, dessinateur mais aussi acteur de théâtre dans sa jeunesse, amoureux d'une belle actrice, Thekla, dont il va partager la vie, elle même intellectuelle engagée puisqu'elle va écrire un livre féministe, une sorte de cri à la Wedeking, en faveur du contrôle des naissances dans les familles pauvres.

C'était avant l'arrivée des nazis. Godeg devra apprendre à se cacher dans l'anonymat petit bourgeois de la banlieue de Berlin; cacher le manuscrit de Thekla dénoncée par l'éditeur qu'elle avait contacté et que des policiers ont recherché dans leur maison, mitraillette au poing; cacher sa vocation d'artiste, la profondeur de sa démarche sans concession, lente, existentielle, en quête de vérité, parce que Hitler avait été peintre, qu'il se piquait de peinture et exerçait un droit de regard sur un art qui d'habitude n'intéresse pas les politiques.

Pour cela, notre artiste avait revêtu les habits d'un professeur consciencieux, s'était cantonné dans des compositions apparemment classiques, mais avec souvent une tonalité dramatique. Il n'hésitait pas à mélanger dans ses cartons ses propres œuvres sur papier avec celles de ses élèves et peignait pour ses voisins des chromos rassurants.


Ses autoportraits montrent un visage énigmatique, émacié qui trahit une grande force de caractère, le regard visionnaire, presque hypnotique, et la volonté à toute épreuve de celui qui va jusqu'au bout de ses pensées, dont les préoccupations sont d'ordre spirituel, peut-être même religieux.

Rien ne le détournera de son destin. Le tunnel est long, celui de la chape de plomb et celui de l'apprentissage pour quelqu'un d'aussi exigeant. Il demande aux maîtres de l'histoire de l'art de lui livrer leurs secrets, condition qui lui parait indispensable pour pouvoir un jour s'exprimer sans entrave. Toute sa vie, Godeg a poursuivi un questionnement rigoureux autant sur les techniques picturales que sur les couleurs lumineuses du ciel, de la terre, des minéraux, de l'or en particulier, et peut-être même du soleil derrière les vitraux, ce qui donnera à son œuvre majeur, de 1957 à 1965, toute sa dimension.

En 1959, Godeg explicite sa démarche dans l'un des rares écrits: «Que veulent ces images? N’être ni représentation, ni symbole d’un concret quelconque mais des figures de marque personnelle […]. La technique de ces tableaux reste secondaire, même si l’on y a trouvé souvent des chemins inaccoutumés. La pénétration spirituelle du matériel dans sa croissance organique reste essentielle. Chaque tableau a sa propre technique et son expression particulière de la couleur. Rien n’est fixé d’avance. L’expérimentation extensive de matériaux divers m’a conduit à une technique mixte mélangeant aquarelle, gouache, détrempe à la caséine et cire. La première couleur, posée sur la surface, détermine déjà la direction. Chaque tonalité nouvelle, qu’elle soit complémentaire ou dans le ton, entraîne une croissance nouvelle de l’organisme en gestation. Par des essais toujours conscients, d’une main parfois tremblante et souvent vigoureuse, les éléments s’ajoutent l’un après l’autre. Expérience technique, audace, quête toujours renouvelée des chemins non parcourus, et la joie de ce qui est trouvé par vérification constante, complètent l’image en gestation jusqu’au résultat définitif.»

Vers 1957, ses pastels lumineux disent la joie des jeux de lumières sur les couleurs d’un automne flamboyant ou de précieux minerais. Godeg peint alors du merveilleux, des formes  qui auraient pu illustrer les «Mille et une Nuits», d’une abstraction fluide qui donne des ailes à l'imagination et de la profondeur au regard attentif.

Suivent, vers 1960, des peintures métaphysiques, plus dramatiques, très allemandes, presque wagnériennes, où l'on peut sentir, à travers des formes nuageuses, la vie s'entrechoquer avec la mort dans la violence électrique d'un orage.

De 1962 à 1965, ce seront ces grandes toiles dorées que j'ai eues devant les yeux, le premier jour, à Berlin. Une quête spirituelle, à travers des œuvres d’abord purement abstraites. Godeg a fait le vide. La lumière parfois sourd, parfois elle s’étale avec un éclat serein.

 

En 1964, des formes humaines apparaissent. J'ai fait l'expérience de les regarder à la bougie, la nuit, à la galerie: des apparitions, fantomatiques, presque surnaturelles mais bien humaines cherchent à se détacher de la toile. Peut-être une transfiguration, une source lumineuse d'espoir, de vie après la mort, ou de rédemption après les horreurs du XXème siècle ?

«Godeg cherchait à matérialiser un vieux rêve de peintre : ne plus peindre avec des couleurs, mais avec de la lumière. Depuis, il peint avec de l’or. Il a choisi une couleur dans laquelle les reflets de la lumière créent, selon le point de vue du spectateur et selon l’incidence de la lumière, de la couleur dans la couleur, de la lumière dans la lumière, de la lumière dans la couleur. Les coulées et les lignes de gouttes donnèrent des figurations nouvelles… un univers entre deux mondes, aussi autonome que fascinant.» (Ohff, Berlin, 1965).

Malgré l’aide précieuse de Sepp Hiekisch-Picard, conservateur en chef du musée de Bochum, qui nous a accompagné dans nos recherches pour le situer dans l’histoire de l’art allemande, nous ne saurons jamais que peu de choses sur Godeg. C’est à travers ses œuvres que nous devons essayer de le comprendre.

 

Alain Margaron

 

 

 

 

Les artistes